Le photographe Paul D’Arcangela déshabille la vie

Ancien élève en danse contemporaine au Conservatoire de Toulouse, Paul D’Arcangela livre la vie sans détour. Son regard fige les visages, déshabille les corps et capte votre environnement. Le photographe magnifie le modèle sans artifice. Il apprivoise l’espace pour rendre visible l’invisible. Rencontre avec Paul D’Arcangela, jeune photographe prometteur.

Paul d'Arcangela

Votre rapport avec le corps et l’espace vous aide pour la photo ?

La danse a changé mon rapport au corps et à l’espace dans mes photographies en particulier dans certaines positions du corps. J’aime beaucoup travailler avec l’espace négatif dans mes compositions. J’accorde une grande importance dans la composition à l’espace autour du sujet. Je me base sur les sensations ressenties en dansant et en voyant le travail de chorégraphes tels qu’Anne Teresa De Keersmaecker. J’essaie de retranscrire visuellement la sensation de fraîcheur et de vent que je ressens. Ce n’est pas une récurrence dans mon travail. J’ai de multiples influences mais c’est quelque chose qui est fait partie de moi. Cela me plait artistiquement parlant !

©Paul D'Arcangela

Quel est votre parcours ?

J’étais élève en danse contemporaine au Conservatoire de Toulouse puis dans une école internationale au Pays-Bas. Parallèlement de mes études, je faisais de la photographie. J’ai ensuite décidé d’en faire mon métier.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Dans mon expérience de la danse et des photographes comme Gerardo Vizmanos, Charlotte Abramow, Bert Van Pelt. Tout m’inspire ! Je suis autant influencé par une publicité dans la rue qu’aux photos vues sur mon feed instagram. J’aime beaucoup l’ambiance qui se dégage des clichés : le rendu des couleurs, l’harmonie générale, les blancs grisés des photographies… J’accorde beaucoup d’importance au traitement de la photo et au rendu final.

Mon travail s’inspire aussi de mes expériences de vie. Mon vécu transforme ma manière de montrer les choses. Je montre ce qui n’est pas considéré comme beau ou ce qu’on ne voit pas assez. La vie ne se résume pas tout le temps à de belles choses. C’est important pour moi de faire quelque-chose de beau avec le moche de nos vies. Je traite avec profondeur et ne m’arrête pas sur la couche superficielle.

©Paul D'Arcangela

Quel sentiment souhaitez-vous procurer au public ?

Je ne sais pas vraiment si je veux retranscrire quelque-chose de précis. J’essaie surtout de créer une situation propice à l’interprétation de la personne qui regarde et la confronter à ses propres sentiments intérieurs. Je travaille beaucoup avec un fond uni gris pour cette raison. L’uni résulte à la fois le vide et le plein. Le gris est une couleur entre-deux, entre le noir et le blanc.

Inconsciemment, nous avons plusieurs interprétations de ce que nous inspire le noir, plusieurs interprétations de ce que nous inspire le blanc. Pour moi, le gris est un doute, une tentative de réponse, une sorte de conciliation entre deux mondes. Je pense que le spectateur met ce qu’il veut dans cette valeur.

Certaines personnes voient dans dans mon travail une certaine morosité alors que d’autres y voient quelque-chose d’épuré ou d’assez dépressif et terne. Certaines voient plutôt quelque chose de léger et simple. Cela me plait de créer ce genre de contraste au niveau des émotions, de partager deux émotions contradictoires en même temps.

©Paul D'Arcangela

Est-ce simple de mettre à nu un modèle ?

En ce moment, j’aime travailler le nu pour la beauté du corps mais aussi pour chercher quelque chose de plus universel. Le vêtement est un facteur social qui me dérange car en fonction de tel ou tel habit, on stigmatise la personne et on l’identifie à une catégorie sociale, à un milieu. J’ai envie de m’affranchir de tous ses préjugés liés à l’habit. Je ne mets pas nu le modèle. Cela naît d’un commun accord.

©Paul D'Arcangela

Quels sont vos projets ?

J’ai quelques idées de séries que je ne peux pas réaliser pour le moment avec le confinement. Je travaille beaucoup par série car cela me permet de traiter un sujet avec plusieurs personnes.

Peut-on voir bientôt une exposition Paul d’Arcangela à Toulouse ou ailleurs ?

Pas pour le moment mais j’aimerais bien ! En attendant, je tiens mon site internet à jour et vous pouvez voir toutes mes séries en ligne ou sur mon compte instagram @darcangela.paul

Related posts